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Adopter un "rescue"
Adopter un "rescue", ce n'est pas adopter un chien déjà éduqué. D'abord, il n'a pas nécessairement été éduqué par son premier propriétaire. De plus, s'il a appris des "règles", ce ne sont pas celles de sa nouvelle maison : accès au canapé, heures des repas, solitude, promenade, etc. Un des chiens que j'ai adopté n'avait pas été habitué au caniveau. Comme je l'empêchais de faire ses besoins sur le trottoir, désorienté, il s'est mis à faire caca, la nuit, en cachette. Cela s'est réglé en 3 semaines, mais il faut accepter de ramasser pendant ces 3 semaines-là.
Adopter un "rescue", ce n'est pas adopter un chien propre. Même s'il était propre avant le refuge, la cage, l'abandon peuvent lui avoir désappris la propreté. Parfois, il faut recommencer à zéro et compter 1 mois, voire plus pour avoir un chien propre.
Adopter un "rescue", c'est adopter un chien qui a déjà un passé. De ce passé, le plus souvent on ne sait que peu de choses. Le premier propriétaire a rempli un questionnaire... Les réponses ne sont pas toujours exactes : soit que les défauts aient étés accentués pour se donner bonne conscience (on a eu bien raison d'abandonner le chien), soit qu'au contraire les défauts aient étés édulcorés pour donner "plus de chances" au chien.
Adopter un "rescue", c'est adopter un chien qui ne montrera pas son "vrai caractère" tout de suite. Au début, il ne se sentira pas chez lui. Il va beaucoup observer, tester, essayer de savoir quelles sont les limites. Le risque c'est de lui accorder beaucoup de privilèges pour compenser son passé malheureux. Il est déjà difficile de faire comprendre à un chiot que, petit, on trouvait ça drôle qu'il ballade les chaussures dans toute la maison, mais, qu'en grandissant, il faut qu'il arrête. Avec un chien adulte, c'est encore plus compliqué. Il faut fixer des cadres cohérents tout de suite, s'y tenir et savoir que le chien va évoluer et qu'il faudra évoluer avec lui. La période d'adaptation peut être rapide. Le plus souvent, il faut compter entre 6 mois et 1 an avant que les 2 pattes et les 4 pattes aient appris à vivre ensemble. Bref, ça ne va pas tellement plus vite qu'avec un chiot.
Adopter un galgo, ce n'est pas adopter un "rescue" comme les autres. Il peut être atteint de maladies méditerranéennes que les VT belges connaissent parfois mal. Même s'ils ont été testés négatifs en Espagne, il y a une période d'incubation et le chien peut avoir été infecté 5 minutes avant de monter dans le camion. Ils peuvent arriver très maigres et il faut les "booster" avec une nourriture spéciale et des compléments alimentaires. En plus du prix de l'adoption (+/- 200 euros) et des frais supplémentaires liés à n'importe quelle adoption (panier, gamelles, etc.), il faut prévoir un collier "spécial lévrier" (30), un manteau (obligatoire en dessous de 10°, entre 20, 30 ou 50 euros) et un harnais pour des raisons de sécurité. Les galgos sont des chiens qui ont été maltraités. Quand ils arrivent, ils ont peur de beaucoup de choses. D'où la nécessité du harnais. Un galgo qui a peur va avoir un réflexe de fuite (souvent, c'est grâce à ça qu'ils sont toujours vivants). Au début, il faut être très vigilant. Toutes les associations ont des histoires de chiens en fuite à cause de 30 secondes d'inattention. La plupart des associations exigent un jardin solidement clôturé à une hauteur de 1,50 au grand minimum et idéalement 2 mètres. Au début, il faut tenir le chien en laisse même au jardin. D'ailleurs, ils ne savent pas ce qu'est une laisse, mais ils apprennent vite. Ce sont des chiens qui ne "parlent" pas français : ils ne comprennent aucun ordre parce qu'ils ne savent pas ce que cela veut dire. Au début, pour faire changer Alya de pièce, je devais lui mettre sa laisse et l'emmener d'un endroit à un autre. Ce sont des chiens qui ne savent absolument pas ce que c'est que de vivre dans une maison. Certains ne savent pas monter les escaliers et encore moins les descendre. La mienne ne connaissait ni l'aspirateur ni la machine à laver ni le séchoir ni la TV ni la radio. Au point de vue de la nourriture, ils ne connaissent pas grand chose non plus. Avant d'être recueillis en refuge (et au passage toute mon admiration pour les bénévoles espagnols), ils ont été nourris de pain, de restes et de ce qu'ils arrivaient à voler. Avant l'adoption d'Alya, j'avais acheté de la viande pour chiens, du riz soufflé, cuit des carottes et m'étais faite à l'idée qu'il faudrait la nourrir à l'alimentation ménagère... Après une semaine, elle mangeait des croquettes... pour chiots (elle devait prendre du poids) à condition de les "attendrir" avec de l'eau tiède additionnée de jus de viande. Après 6 semaines, elle mangeait des croquettes normalement et de bon appétit. Ce sont des chiens qui ont été habitués à vivre en groupe. La présence d'un autre chien calme et équilibré a été d'une grande aide pour l'adaptation de ma galga. Franchement, sans Magen, mon autre chien, je ne sais pas où Alya en serait. Ce sont des chiens chez qui on a fort développé l'instinct de poursuite soit pour la chasse à vue soit pour le cynodrome. J'ai 5 chats. J'avais très très peur de cet aspect-là. Tous mes chats ont été des "SDF" à un moment ou à un autre de leur vie. J'avais donc plutôt confiance en leur capacité à être prudents face à cette nouvelle situation. Et, même s'ils ne campent plus en hauteur, je vois bien que certains sont encore méfiants. Toutes les associations ont dû reprendre des chiens qui avaient tué un chat. Le galgo est un chien qui apprends incroyablement vite. Tous les adoptants le disent et j'en fais l'expérience tous les jours. Elle s'est habituée au harnais en 10 minutes. Elle a compris les règles de la maison bien plus vite que les autres rescues que j'ai eu. Elle est vive, maligne, attachante et… incroyablement voleuse (sa gueule est à hauteur de la table, ça aide ...). Le galgo est un grand chien (entre 60 et 80 cm) qui prend peu de place. J'aime les grands chiens, mais, comme, je prends de l'âge, je voulais un chien plus "léger". De ce côté-là, c'est impeccable. Depuis que j'ai Alya, je comprends pourquoi les meutes de 5-6 lévriers ne sont pas rares.
En conclusion Chiens ou chats, j'ai souvent eu des "rescues". Pour les chats, il serait plus exact de dire qu'il m'est souvent arrivé d'apprivoiser des errants. A chaque fois, cela a été une aventure passionnante. Adopter un rescue, c'est accepter d'aller à la découverte d'une personnalité, d'une histoire. Adopter un rescue, c'est se mettre dans la logique d'une rencontre. Adopter un rescue, c'est renoncer à l'idée que l'on va formater un chien, un chat à son mode de vie. Bref, adopter un rescue c'est faire le choix d'une certaine philosophie des rapports entre humains et animaux. Sincèrement, je ne crois pas qu'il soit mieux de choisir un chiot ou un rescue. Dans un cas comme dans l'autre, il y aura des contraintes, des joies, des plaisirs, des difficultés. La seule obligation, c'est d'être prêt à assumer de manière responsable, le rescue que l'on va accueillir sous son toit.
Agnès et sa galga Alya
Texte publié avec l’aimable autorisation de l’auteur. |
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